Centrale des syndicats du Québec

L'homophobie à l'école: en parler et agir

Notes pour l'intervention de la présidente de la CSQ, Monique Richard, lors du colloque L'homophobie à l'école en parler et agir, le vendredi 18 octobre 2002 à l'UQAM

La question qui m'est posée est la suivante : quels moyens la CSQ peut mettre en oeeeeuvre pour enrayer l'homophobie dans les écoles?

Disons, d'entrée de jeu, que la CSQ a commencé à travailler sur cette question depuis quelques années déjà. En fait, le partenariat CSQ-ACSM-Montréal-services aux collectivités de l'UQAM pour organiser ce colloque témoigne de notre engagement. Vous connaissez l'existence de notre Comité sur les droits des gais et lesbiennes, actif autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la CSQ. Vous avez reçu la liste des documents rédigés par le Comité à l'intention des membres de la Centrale et qui se retrouvent sur le site Web de la CSQ. Vous venez d'assister à la projection de la vidéo, Silence S.V.P., réalisée par la CSQ qui, si je ne m'abuse, est une première syndicale et dont nous sommes très fiers. Nous le serons d'autant plus que cette vidéo sera utilisée par toutes et tous.

Maintenant notre défi c'est de poursuivre afin de nous permettre d'être sur le terrain de l'action et de dénouer ces nœuds dont nous avons parlé depuis ce matin. Pour ce faire trois axes d'intervention :

- Combattre les préjugés
- Exercer les pressions politiques nécessaires
- Développer des alliances

Le premier : combattre les préjugés


Notre organisation syndicale a une responsabilité d'éducation, de sensibilisation auprès de nos membres. Nous devons leur fournir des outils pour appréhender la réalité de l'homophobie, modifier leurs comportements et créer des environnements scolaires sains et exempts de discrimination non seulement pour les jeunes mais aussi pour leurs collègues de travail.

Nous ne sommes pas dupes, nous avons encore énormément de chemin à parcourir. Les membres de notre organisation, ces personnes qui œuvrent dans les services publics et privés d'éducation, dans les services de garde, en santé et dans les services sociaux comme les Centres jeunesse, sont traversés de préjugés. Nous devons protéger nos membres contre le harcèlement et contre la discrimination, car il est difficile pour le personnel de l'éducation de vivre son homosexualité dans les milieux de travail. Nous avons corrigé nos conventions collectives pour les rendre conformes aux nouvelles législations et y inclure les nouveaux droits. Nous tiendrons, à la fin novembre, notre première session de formation sur le harcèlement homophobe auprès des personnes responsables du dossier santé et sécurité au travail. Nous devons poursuivre de manière à ce que tous les délégués syndicaux prennent fait et cause pour les victimes de discrimination homophobe dans les milieux de travail, utilisent les mécanismes prévus aux conventions, notamment au chapitre de la santé et de la sécurité au travail, et obtiennent, si nécessaire, réparation. Nous devons aussi enraciner l'information produite par le Comité dans les publications de la Centrale.

Le deuxième : les pressions politiques

La CSQ est consciente qu'il faudra accentuer les pressions politiques non seulement auprès du ministère de l'Éducation mais aussi auprès des universités québécoises, de manière à faire évoluer la formation dispensées par les départements d'éducation. Les futurs enseignants et enseignantes doivent non seulement pouvoir acquérir une meilleure compréhension de l'homosexualité de manière à accompagner de façon adéquate les jeunes dans leurs démarches et leurs questionnements, mais aussi développer de meilleures relations avec leurs collègues gais et lesbiennes. Il nous faut aussi accentuer les pressions politiques au niveau local, auprès des commissions scolaires et des directions d'établissements scolaires, de manière à ce que les services et l'information soient disponibles dans les écoles, que les conseillères et les conseillers à la vie étudiante ainsi que le personnel de soutien puissent fournir aux jeunes les outils pour évoluer. Je pense ici aux informations sur Gai écoute dans les agendas, au suicide des jeunes, à la circulation des dépliants d'information, au support aux journaux étudiants qui veulent aborder ces questions dans leurs pages et qui en sont souvent découragés.

Je pense aussi à l'adoption de codes d'éthique dans les écoles, à la tenue de journées thématiques sur la diversité dans nos sociétés. Nous en tenons déjà sur la diversité culturelle. Nous avons déjà des politiques pour contrer le harcèlement sexuel et sexiste et le harcèlement racial dans plusieurs établissements scolaires... il faut que ces journées et ces politiques incluent l'homosexualité.

Nous devons appuyer, informer et former les membres du personnel de l'éducation qui siègent sur les conseils d'établissements afin qu'ils puissent favoriser l'ouverture de l'école à la réalité de l'orientation sexuelle des jeunes. Nous pouvons aussi compter sur notre réseau d'écoles vertes Bruntdland qui place au cœur de son projet éducatif le pacifisme, la démocratie et l'élimination de toutes les formes de discrimination.

Le troisième : développer des alliances

La Centrale des syndicats du Québec, malgré tous ses efforts, ne pourra à elle seule surmonter le défi de contrer l'homophobie à l'école. Aussi il faut créer des alliances. D'une part, avec les groupes de la communauté qui interviennent auprès des jeunes, notamment les GRIS. D'autre part, avec nos syndicats locaux afin de rendre disponibles les ressources qui œuvrent dans les régions et qui ne demandent qu'à travailler avec les écoles. Nous pouvons certainement inviter nos syndicats affiliés et notre association de retraités à joindre des coalitions régionales, à soutenir des activités menées par des organismes de défense des droits des gais et lesbiennes et à organiser sur une base syndicale des sessions de formation locales et régionales sur ces enjeux. Le besoin est là, comme en témoigne le nombre de personnes qui ont dû être refusées à l'entrée ce matin faute de places disponibles.

Mais tout cela doit s'effectuer en conservant en tête certains principes. La Centrale a une histoire, difficile, riche, mais combien stimulante sur l'égalité entre les sexes. AUSSI, pour nous, il importe que les femmes qui travaillent dans les milieux que nous représentons sentent que nous les soutenons et comme femmes et comme lesbiennes. Notre expérience nous permet d'affirmer que les femmes vivent souvent une double discrimination. Pour d'autres personnes lorsque l'orientation sexuelle se conjugue à l'appartenance à une minorité ethnique ou une minorité visible ou encore est vécue par une personne handicapée, le défi de l'égalité devient épuisant.

En terminant j'aimerais NOUS lancer une invitation, celle d'ajouter à nos réflexions cette obligation de penser et d'agir d'une manière intégrée. L'exclusion sociale a de multiples visages et combine de nombreux facteurs. Nous ne sommes pas discriminés une journée parce qu'on est noir, l'autre parce qu'on est lesbienne et la suivante parce qu'on est une femme handicapée. Il nous faut dépasser le modèle unique, développer des outils qui abordent ces multiples aspects de la discrimination afin d'être capables de soutenir autant un jeune garçon blanc, qu'une jeune fille originaire du Nigéria ou un garçon d'origine égyptienne. Le témoignage du jeune homme libanais et musulman entendu ce matin nous oblige à encore plus d'efforts pour permettre à ces jeunes de vivre leur homosexualité sans être ostracisés, expulsés de leur famille ou soumis à toutes sortes de pressions qui rendent leur vie impossible. C'est notre prochain défi et il est de taille.

Je vous remercie.